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8 octobre 2018 1 08 /10 /octobre /2018 10:34
Vendanges 2018 au Crêt du Ris - Août !

Cette journée du 31 août 2018 commence par un lever de soleil timide ...

Vendanges 2018 au Crêt du Ris - Août !
Vendanges 2018 au Crêt du Ris - Août !
Vendanges 2018 au Crêt du Ris - Août !
Vendanges 2018 au Crêt du Ris - Août !
Vendanges 2018 au Crêt du Ris - Août !
Vendanges 2018 au Crêt du Ris - Août !

En 1947, de passage au Château Thivin en Beaujolais, Colette fit un très beau récit de son escapade à Brouilly.

En voici un extrait, paru dans ‘’Le fanal bleu’’ dernier ouvrage de Colette, qui nous entraîne dans un voyage immobile de Paris à Genève en passant par Grasse et les vignobles du Beaujolais. Souvenirs, scènes entre amis : Jean Cocteau, Marguerite Moreno, Jean Marais.... anecdotes et réflexions s'enchaînent sous l'œil vigilant d'une " Chatte " blottie dans un intérieur feutré, qui pose sur le monde un regard où la maturité pourpre de l'automne s'enrichit des pastels de l'enfance.

 

« BEAUJOLAIS, 1947

 

     Cet été furieux, interminable, renaissant de ses flammes, cet été qui ne ressemble à aucun été, qui rendit la Normandie pareille à une Ardèche incendiée, la Bourgogne à un désert d’alfa, qui montra le fond sec de tous les torrents, la vase des étangs où mouraient les grenouilles et pâmaient les poissons -, cet affreux été responsable de tant de nos indigences, c’est maintenant qu’au terme des nuits froides il commence à faire bon penser à lui. Non pour lui pardonner, il est inexcusable. Sa sauvagerie dès l’aube… La soif des animaux, la faim des herbivores… L’homme qui versait l’eau d’un petit arrosoir sur un champ de choux, un des grands champs qui les bonnes années sont l’honneur de la banlieue, un homme tout seul parmi dix mille choux en train de jaunir. Et la vache qui avait, en tirant brin à brin sur les chaumes, mangé douze kilos de terre, et qui en est morte… Et…

 

Non, je ne pourrai jamais forger des souvenirs aimables à l’aide de telles images. Elles noircissent, elles calcinent mon procédé favori de rêverie et de plaisir. Quarante et un degrés rue de Beaujolais, dès midi, et trente-sept à deux heures du matin ; comme ça paraît loin, quand par ma fenêtre haute, entrouverte, l’air de décembre s’avance vertical, blanchi de grésil fin qui nimbe, un court moment, mon fanal bleu de la nuit et du jour. Quelques secondes suffisent à installer le froid dans ma chambre. Vite ! Jetons-nous, sans bouger, jetons-nous dans ce que l’été nous consentit de moins âpre, d’inépuisé, vers ce qui mouille la bouche, teint la main et la robe, tient lieu de source et de rosée ; jetons-nous vers la récompense, imprévue et bien réelle que je reçus au centre du féroce été : la vendange sur les coteaux de Brouilly.

 

 

Le pire, pour une arthritique de ma sorte, n’est certes pas le déplacement, s’il s’opère en automobile. Le pire, c’est dix pas dans l’appartement, c’est cinq mètres au bord du jardin, c’est la nuit rompue par les franches et soudaines et mordantes douleurs, et le geste étourdi, jeune, vif, qui prétend ramasser la canne, atteindre le livre -, ô jeunesse invétérée, agilité devenue purement mentale, et châtiée dès qu’elle tire sur sa laisse ; escaliers descendus dans l’humiliation et la ruse : ne m’arrêté-je pas en croisant un inconnu, ne feins-je pas, immobile, de chausser un gant, de fouiller mon sac ? L’inconnu franchi, je ris de moi et de mes vieilles petitesses…

 

 

Mais mettez-moi dans une voiture, coussin de-ci, coussin de-là, et roulez ! Vous n’entendrez plus parler de moi pendant un bon ruban de kilomètres. Autrefois, c’était la Chatte qui décidait, d’un bâillement d’appétit, d’une inquiétude de sa vessie, que nous arrêtions notre arche. Elle mangeait très peu en voyage, craignait le mal de mer… Une bouchée à Saulieu, une lapée à Vienne, entre-temps une herbe rafraîchissante. Mes exigences sont moins discrètes que ne furent les siennes. Avec elle, nous n’avions pas achevé la collation au bord d’un bois, qu’elle demandait à regagner « sa » voiture, pour mettre en ordre sa toison bleue, comme un orage d’ouest.

 

 

Je disais donc -, je me disais, je m’écrivais donc qu’une décision suprême, émanée de mon meilleur ami, m’embarqua comme faire se pouvait par une aube qui sentait l’incendie, l’asphalte fondant et le ruisseau altéré, et notre trajet visa les coteaux du Rhône. Leurs petits raisins, serrés, sont moins décoratifs que le picardan opulent de la Provence, qui traîne sous les ceps des appas de six livres, et tient aux lézards le ventre frais.

 

 

Que pouvais-je réclamer de la vendange beaujolaise ? La torride chaleur invariable, mon impotence, tout devait me séparer d’une aussi rude fête. Je me serais contentée du son dont elle couvrait les collines, des chars grinçants sur la petite route au long de laquelle je dormais mon sommeil du matin. Les voix embrumées de fatigue matinale s’éveillaient au haut de la vigne voisine, descendaient, descendaient selon que montait le soleil. J’imaginais la récolte lente, les paniers pleins, la soif qui croit se satisfaire en mordant la grappe, et qui s’attise… Je refoulais le persistant été de l’autre côté des persiennes closes, du côté de l’astre, des mouches, des guêpes folles, des menthes poussiéreuses, du côté où l’on voyait luire un tesson miroitant de Saône, tombé au loin dans un vallon. Je patientais. J’écoutais les rossignols de muraille froisser les lierres au-dessus de la vasque et couper le fil de la source…

 

 

Mais j’eus mieux. L’amitié peut beaucoup. Une chaîne de bras me remit un jour dans l’auto, et j’abordai le Vin au secret d’une de ses chambres intimes, dont je pensais ne jamais passer le seuil.

 

 

Dans le sein frais de la colline il me reçut sans que je misse pied à terre. C’est moi qui sur mon char faisais figure de conquérante. Les grandes portes rabattues, le Cru semblait retiré à même une grotte, et de son haut plafond il me jeta ensemble une chape glacée d’air immobile, la divine et boueuse odeur des raisins foulés, et le bourdonnement de leur ébullition. Cent mètres de voûtes s’étoilaient de lampes ; les cuves rejetaient par-dessus leurs bords la bave rose en longs festons ; un attelage de chevaux pommelés, bleuâtre dans la pénombre, mâchait nonchalamment des grappes tombées ; l’âme du vin nouveau, lourde, à peine née, impure, se mariait à la vapeur des chevaux mouillés.

 

 

Une main brandit vers moi, au bout de son bras invisible, la tasse d’argent qui berçait, sur les stries et les bosses de la ciselure, une étincelle rouge : « Un quarante-quatre parfait, Madame. Mais revenez goûter le quarante-sept quand il en sera temps ! Il n’aura rien à envier à celui-ci. »

 

 

Revenez… Comme revenir paraît probable, et facile, quand sous l’arc de la grotte qui barre le passage à la chaleur on tient entre les lèvres le bord froid de la tasse pleine…

 

 

Autour de moi on pensa que le grand vin, la caverne étoilée et l’ombre de la colline constituaient peut-être des antidotes, et nous prîmes à la nuit, un autre jour, une autre route, gravîmes un autre coteau. L’ombrage cette fois était d’une glycine agrippée aux quatre côtés d’une cour, issue d’un seul tronc, en python tors, qui montait énorme et se perdait dans son propre feuillage. La cour couverte, éclairée de phares, résonnait de voix, de roues, de pas lourd-chaussés, car les quarante vendangeurs du domaine descendaient à leur repas, escortés de leur gaillarde et vineuse odeur. J’aurais bien voulu les suivre… Notre collation froide, au rez-de-chaussée, fêta les jambons largement margés de lard, les saucissons qui fleuraient le harnais neuf, et certain fromage dit « fort » qui provoque la soif et ne la laisse pas s’éteindre.

 

 

A tout labeur, tout honneur : en bas, quarante vendangeurs avaient la meilleure table, servie d’omelettes, de veau, de poules, de cochon, et arrosée de ce vin qui comme les plus beaux rubis garde claire, aux lumières, sa sanguine et franche couleur.

 

 

Si on ne la force ni ne la prolonge, c’est une fatigue assez douce que versent l’été, la nourriture sans reproche, un grand cru dans sa jeunesse, et la nuit, fût-elle sans rosée. Dans la cour, au départ, sous les phares tournants, la glycine énorme tordait ses spires vivantes.

 

 

Mais comme nous partîmes parmi les premiers, je pus ne goûter que des bruits fins, échappés au grand silence qui recouvrait peu à peu le coteau ; - vols d’élytres heurtés aux lampadaires de l’entrée ; fers d’un cheval dételé qui écrasent le chemin de traverse et surtout, délicieuse à entendre, invisible et révérée, la source, la fidèle, la dernière où pussent boire, cette année, mont haletant et vallon tari. »

 

 

Colette

Le fanal bleu

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 10:20
Septembre 2017 au Crêt du Ris

Vendanges 2017 dans les vignes de la Cadole du Crêt du Ris ...

Des sourires et du soleil, pour ce millésime 2017 ! La bande de copains qui  cueillaient le raisin ici, sur la toute petite parcelle de vigne durant deux  petites heures(*), à laissé place à une équipe de vendangeurs qui a travaillé vendredi 1er septembre pendant une journée ... les vignes se remettent tout doucement d'une période d'abandon ...

Elles reviennent de loin ces vieilles vignes - abandonnées pendant deux ans, puis taillées de nouveau, entretenues et bichonnées, elles nous ont tout de même offert leurs fruits gorgés de soleil ...

La sécheresse, sévère et durable, de cette année a encore réduit un peu la récolte.

(*) On va remettre ça l'an prochain, car lors de nos vendanges "Spéciales Sunny Nights''  le casse-croûte final était le moment le plus long et le plus important.

Septembre 2017 au Crêt du Ris

« Suis-moi du cœur pour voir encore,

Sur la pente douce au midi,

La vigne qui nous fit éclore

Ramper sur le roc attiédi. »

Alphonse de LAMARTINE

La vigne et la maison 

 

Lamartine va nous accompagner le long de cette histoire de vendanges.

Il est un peu de chez nous ... Ses parents se sont rencontrés à Salles en Beaujolais, du temps de la splendeur du chapitre de Salles :

 

''En 1787, une idylle des plus charmantes va se nouer au coeur même de ce nouveau Chapitre. Madame de Lamartine, Chanoinesse à Salles, hébergeait une jeune fille de seize ans, nouvellement arrivée. Monsieur le Chevalier Pierre de Lamartine, venant rendre visite à sa soeur, fut frappé par la grâce et l’esprit de Mademoiselle Alix des Roys.

La jeune recluse et le bel officier s’aimèrent. Le mariage fut célébré le 4 janvier 1790. La même année naissait le futur poète, auteur de l’inoubliable poème 'Le Lac'."

Septembre 2017 au Crêt du Ris
Septembre 2017 au Crêt du Ris
Septembre 2017 au Crêt du Ris
Septembre 2017 au Crêt du Ris
Septembre 2017 au Crêt du Ris

Tous les véhicules sont réquisitionnés pour ces vendanges légèrement ... atypiques.

Septembre 2017 au Crêt du Ris
Septembre 2017 au Crêt du Ris

Les raisins de la vigne du ''Rocher'' ont souffert et un bout de cette vigne va malheureusement devoir être arraché ... trop vieille, trop fragile, seule une partie du ''Rocher'' sera conservée, celle plantée sur le sol granitique caillouteux et bien exposé. 

Arracher une vigne c'est arracher ses propres racines. Une très vieille vigne plantée par le grand-père ... Il faudra faire un choix, difficile !

« choisir, c'est renoncer » (André Gide), « La volonté trouve, la liberté choisit. Trouver et choisir, c'est penser. » (Victor Hugo) ...

Alors on va penser à autre chose et se tourner vers l'avenir.

 

Septembre 2017 au Crêt du Ris

« Que me fait le coteau, le toit, la vigne aride? 

Que me ferait le ciel, si le ciel était vide? ... » 

Alphonse de LAMARTINE

Septembre 2017 au Crêt du Ris

Cette belle journée de vendanges s'achève doucement ; les vendangeurs vont partir dans un moment ... pas le temps de faire connaissance - dommage. Autrefois cette période de vendanges durait une dizaine de jours et des amitiés se nouaient au fur et à mesure que la fatigue s'installait ...

« Sous ce cep de vigne qui t'aime,

O mon âme ! ne crois-tu pas

Te retrouver enfin toi-même,

Malgré l'absence et le trépas ? »

La vigne et la maison

Alphonse de LAMARTINE

'' Tiens si on s'donnait rendez-vous dans ... un an''

A suivre, d'autres histoires en septembre ...

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25 septembre 2016 7 25 /09 /septembre /2016 15:45
La petite troupe de vendangeurs ...

La petite troupe de vendangeurs ...

Loïc, Nico, Seb et Karine

Loïc, Nico, Seb et Karine

"Moi je vais vous faire voir comment travailler" (mort de rire ...)

 

Anne

Anne

Recueillie devant ces belle grappes ou consultant son smartphone ?

Agathe semble perdue au milieu de nulle part ...

Agathe semble perdue au milieu de nulle part ...

Les enfants semblent adorer les vendanges ...

Les enfants semblent adorer les vendanges ...

Les vendanges à cet âge, c'est un jeu d'enfants !

« Je me vante d'avoir grandi, mûri, vieilli dans la familiarité du vin ; à le tutoyer dès l'enfance, on perd l'esprit d'intempérance et de gloutonnerie ; on acquiert, on forme son goût personnel. »

Sidonie Gabrielle Colette

La belle équipe.

La belle équipe.

Petite récolte de la toute petite vigne de la Cadole, mais ambiance garantie ...

Le repas des vendangeurs

Le repas des vendangeurs

Environ deux heures et demi dans la vigne, mais plus de trois heures à table ...

Rentabilité nulle !!!

Les prochaine vendanges 2017 vont peut être durer plus longtemps ...

Et comment ne pas résister à relire ce texte savoureux de Rabelais, sur les vendanges ...

« En ce temps-là (c'était la saison des vendanges, au commencement de l'automne), les bergers de la contrée étaient à garder les vignes et à empêcher les étourneaux de manger les raisins. Dans le même temps, les fouaciers de Lerné passaient le grand carrefour, portant dix ou douze charges de fouaces à la ville. Les bergers en question leur demandèrent poliment de leur en donner pour leur argent, au cours du marché.

Car c'est un régal céleste, notez-le, que de manger au déjeuner des raisins avec de la fouace fraîche, surtout des pineaux, des sauvignons, des muscadets, de la bicane ou des foireux pour ceux qui sont constipés, car ils les font aller long comme une pique, et souvent, pensant péter, ils se conchient: on les appelle, pour cette raison, les penseurs des vendanges.

Les fouaciers ne condescendirent nullement à satisfaire leur demande et, ce qui est pire, les insultèrent gravement en les traitant de trop babillards, de brèche-dents, de jolis rouquins, de mauvais plaisants, de chie-en-lit, de croquants, de faux-jetons, de fainéants, de goinfres, de gueulards, de vantards, de vauriens, de rustres, de casse-pieds, de pique-assiette, de matamores, de fines braguettes, de mordants, de tire-flemme, de malotrus, de lourdauds, de nigauds, de marauds, de corniauds, de farceurs, de claque-dents, de bouviers d'étrons, de bergers de merde, et autres épithètes diffamatoires de même farine. Ils ajoutèrent qu'ils n'étaient pas dignes de manger de ces belles fouaces et qu'ils devraient se contenter de gros pain bis et de tourte. …… »

F. RABELAIS

GARGUANTUA

La vie tres horrifique du Grand Gargantua père de Pantagruel, Jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quinte essence. Livre plein de Pantagruelisme.

 

Le deuxième roman de François Rabelais écrit en 1534.

D’une structure comparable à celle de Pantagruel (1532), mais d’une écriture plus complexe, il conte les années d’apprentissage et les exploits guerriers du géant Gargantua.

Plaidoyer pour une culture humaniste contre les lourdeurs d’un enseignement sorbonnard figé, Gargantua est aussi un roman plein de verve, d’une grande richesse lexicale, et d’une écriture souvent crue. Rabelais a publié Gargantua sous le même pseudonyme que Pantagruel : Alcofribas Nasier (anagramme de François Rabelais) Abstracteur de Quintessence.

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  • Gérard

Deezer

"Tu dis que c'est l'heure de vivre,

Que le moment de vivre est court,

Que ton dieu veut que l'on s'enivre

De parfum, de vin et d'amour ! "

Anna de Noailles

 

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